mardi 21 août 2012

Cows and Ghost Towns

Jour 1, Little Belt Mountains

Plus tôt cet été plusieurs membres de la famille ont été invités à passer un petit séjour dans le nord de la Saskatchewan au chalet de Jeanne et Gord. Mes parents ont décidé de faire le voyage en voiture depuis Mt-Tremblant, ce qui a cimenté ma décision de m’y rendre aussi, mais, en vélo. Je pourrais revenir au Montana avec eux en voiture.
La destination était claire mais l’itinéraire n’a été décidé que quelques jours avant mon départ après avoir examiné des cartes détaillées du Montana. Je me suis rendu compte que je pourrais me payer une belle aventure d’arrière-pays. J’ai choisi de voyager en vélo de montagne, quoique je roule sur un VTT à roues de 29 pouces, sans suspensions, et j’ai mis des pneus de rando dessus avant de partir. J’avais choisi un compromis idéal pour toutes les conditions de route, sentiers, etc… que j’allais enconter.
La préparation a aussi inclus un peu de magasinage pour un téléphone cellulaire pré-payé, pour communiquer avec Susan et mes parents pour coordonner un rassemblement en Saskatchewan. J’ai aussi décidé de me procurer un SPOT Tracker, permettant Susan de suivre mon cheminement, surtout dans les régions éloignées du Montana où les téléphones cellulaires sont inutiles.
Je suis parti un mardi matin, directement vers le nord, et après une demi-heure environ j’ai entamé les routes de gravier, que j’ai suivies pour la plus part du voyage. Mon premier arrêt fût à une des seules maisons dans la communauté quasi-abandonnée de Maudlow, pour remplir mes bouteilles. La dame m’a averti que si le pit-bull de la maison (Sarge) se pointait il faudrait que je saute dans la maison, ce qui s’est produit dix secondes plus tard pendant qu’elle remplissait une de mes bouteilles. Ouf! Son mari a pris le chien par le collet pendant que je m’évadais de ce petit bled.
Les premières incertitudes du voyage sont arrivées quelques kilomètres plus tard quand j’ai viré vers le nord sur un vieux chemin de fer désaffecté pour me diriger vers la communauté de Sixteen. À ma grande satisfaction les ponts étaient encore plus ou moins intacts, me permettant de parcourir un magnifique petit canyon dont je n’aurais jamais appris l’existence si ça n’avait été de ce petit voyage. Quelques heures plus tard j’ai trouvé un ranch abandonné mais avec heureusement un puits fonctionnel qui m’a permis de remplir mes bouteilles à nouveaux. Quand j’ai retrouvé le pavé tout près de White Sulfur Springs je me suis rendu compte d’une déformation dans mon pneu que me causa des inquiétudes pour tout le reste du voyage mais sans plus de complications. Après un petit plein de carburant (bananes, pêches, lait au chocolat, crème glacée) j’ai repris la route et le pavé me semblait complètement pitoyable et j’étais plus qu’heureux de retrouver les chemins de terre qui me mènerait par-dessus les Little Belt Mountains.
Vers la fin de cette première journée j’ai terminé avec une longue descente dans un canyon de calcaire qui me semble avoir un potentiel incroyable, mais complètement inexploité, pour l’escalade de rocher. Pour une prochaine visite peut-être? Jour 1 : 125 miles.
Le lendemain matin j’ai repris la route vers 6h30 et j’avais très hâte de me rendre à Utica pour un bon déjeuner. Un petit vent de dos qui descendait des montagnes m’a permis de voyager assez vite mais lorsque je suis arrivé un petit village je me suis rendu compte qu’il n’existait vraiment que sur la carte, avec quelques maisons mais aucun commerce qu’il soit. J’ai donc mangé ma dernière barre et j’ai continué ma route vers le prochain village, à une vingtaines de miles. J’ai rencontré quelques ranchers qui m’ont informé que le prochain village n’avait pas de commerces non plus mais qu’un petit détour me mènerait à un arrêt routier avec un restaurant. J’ai donc pris mon premier « vrai » repas à Eddie’s Corner, où j’ai aussi re-stocké pour la route.
Quelques heures plus tard je suis arrivé à Lewistown, la plus grande (la seule) ville sur mon itinéraire, où j’espérais trouver un pneu neuf, mais pas de chance. Un petit arrêt à l’épicerie et je reprenais la route. L’après-midi fût plutôt lamentable parce que j’ai choisi une route pavée, plutôt qu’un détour considérable par chemins de terre, question de sauver un peu de temps, mais j’ai finalement atteint la communauté de Winifred, où j’ai passé quelques heures au magasin général pour manger, demandé conseil aux ranchers du coin, et re-stocker avant d’entamer 180 miles de chemins incertains avant le prochain village. Parlant de mon itinéraire prévu ils ont dit : « You can’t go that way, it’s a dead end », « Nobody ever goes past the gravel, it’s just deep ruts and gumbo past the gravel. », « You better bring some extra petrol » -- « But I’m on a bicycle » -- « Oh... Good luck. » Avec un peu d’inquiétude j’ai entamé ce qui s’est avéré être la plus belle partie de mon périple à travers le Upper Missouri Breaks National Monument, et après 132 miles pour la journée et une nuit à écouter les coyotes, le Charles M. Russel National Wildlife Refuge, et le UL Bend National Wildlife Refuge.

Camping ultra léger

Le lendemain matin j’ai traversé le pont Fred Robinson, le seule mile de route pavée de toute ma journée de 137 miles, pour me rendre sur la rive nord de la rivière Missouri. J’ai roulé jusqu’à la fin du gravier et après avoir consulté quelques pêcheurs j’ai conclu que j’avais des bonnes chances de pouvoir passer plus loin. Effectivement, si les conditions avaient été humides, ça aurait été complètement impassable. Mais, les conditions étaient sèches et idéales. Le seul hic est que les conditions sèches voulaient aussi dire que plusieurs ruisseaux étaient à sec et après 3 ou 4 heures mes bouteilles étaient presque vides et je m’inquiétais un peu. Par une chance inouïe, à 60 miles de la route pavée la plus près, et à 90 miles de la ville la plus près, je suis tombé sur un pompier qui était dans le coin avec son camion pour surveiller un petit feu de forêt. Il ne m’a non seulement donné de l’eau, mais aussi des piles AA pour ma caméra qui venait tout juste de mourir. S’est ainsi que je me suis lancé pour encore quelques heures, dans le désert maintenant, avant de commencer à manquer d’eau encore.
Ma deuxième grande chance de la journée s’est produite quand je suis tombé sur le American Prairie Reserve Headquarters. Cette organisation a pour but de procurer les terres autour du Wildlife Refuge pour rétablir les vastes plaines où jadis régnaient les bisons (ainsi que les wapitis, loups, grizzlys, et Black Footed Ferets, entre autres). Peu importe, aujourd’hui ils allaient rétablir mon estomac en m’offrant accès à leur frigo. Je suis reparti une heure et demie plus tard avec 3 litres et demi de Cool-Aid pour me taper 70 miles de chemins de terre, de chaleur intense, et de vent. Je suis arrivé à Saco assez fatigué pour prendre une chambre au motel local, qui semblait désaffecté, mais après consultation avec les ranchers du bar, louait encore quelques chambres, si j’appelais au numéro suivant.

Mes amis du American Prairie Preserve

J’avais choisi Saco pour son épicerie, mais malheureusement je suis arrivé trop tard et j’allais repartir trop tôt le lendemain pour en profiter alors j’ai mangé quelques hamburgers au bar et je leur ai acheté une demi-douzaine de Snickers pour le matin suivant. Les conseils des résidents au sujet de mon trajet provisoire m’ont encore causé des doutes (« That’s not a road, it’s a double track at best. »), qui ont été renforcés par les ranchers dans le prochain village. On m’a demandé si j’allais vers l’est ou l’ouest. Quand j’ai répondu que j’allais vers le nord on m’a conseillé de changer mon itinéraire parce que les routes vers le nord allaient « shred your tires in no time. » -- « Mmm… I’ll give it a try ».
Effectivement, la « route » qui traversait le Bitter Creek Area of Critical Environmental Concern était très peu fréquentée, si bien que j’avais du mal à la suivre à travers les prairies. Mais, à part quelques petites vallées c’était relativement plat, la visibilité était bonne, et si je perdais la piste complètement je me suis dit que je pourrais marcher les 10 miles qui me séparait des routes de gravier de l’autre côté en gardant le cap vers le nord-est. Ma persévérance a été récompensée et j’ai traversé la région sans embûches. Une trentaine de miles de chemins de gravier plus loin je suis arrivé à la communauté de Opheim, le dernier bled avant de passer la frontière de la Saskatchewan.
Dans ce village, j’ai trouvé le Opheim Outpost Café. Ils n’acceptent pas les cartes de crédit, ce qui était dommage étant donné qu’il ne me restait que des cartes de crédit, et un dollar comptant, mais ce sont les gens les plus sympathiques que vous rencontrerez dans votre vie. Si bien que quand j’ai demandé à la dame de la maison si je pouvais manger tout de suite et payer la facture par la poste dans quelques semaines elle a répondu : « Ahhh… I’ll feed you! » Quand le temps de repartir fût venu, j’ai appris que des clients avaient payé ma facture. Incroyable.

Opheim Outpost Cafe

C’est ainsi que quelques dizaines de km plus loin je me suis retrouvé à la frontière. On m’a questionné plus longuement que d’habitude mais sans embuches. Le fait saillant de mon passage fût : « Do you have any convictions or a criminal record? Well… I guess that since you are Canadian I would have to let you in anyway. » Après mon passage à la frontière les routes sont instantanément devenues plus primitives, à ma grande satisfaction. J’avais roulé jusqu’à maintenant avec une certaine intensité, comme si j’avais été en course, et je me suis permis de relaxer un peu et rouler tranquillement jusqu’à Wood Mountain, où la carte m’informait que je trouverais un parc provincial. Le parc avait une piscine! J’en ai profité, ainsi que du Friday Steak Dinner Special du casse-croûte avant de préparer mon équipement pour ma dernière journée à vélo.

Bienvenue en Saskatchewan

J’allais rencontrer mes parents dans les environs de Moose Jaw et je voulais me taper une bonne dernière journée. Sans lampe frontale, je me suis levé aussitôt que la visibilité le permettait et j’ai repris la route à 5h avec mes trois litres et demi de Cool Aid et un peu de bouffe. J’ai atteint Moose Jaw 106 miles et six heures et demi plus tard.
Papa et Maman étaient au rendez-vous et le lendemain après-midi nous étions au chalet de Jeanne et Gord dans le grand nord où nous avons pêché, relaxé, et j’ai entamé le réapprovisionnement de mon déficit calorifique accumulé. En d’autres mots, j’ai mangé comme un cochon.

Gord's fish

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